29.11.2008

Quatre septembre

Elle arpentait les rues depuis deux heures, peut-être même un peu plus. Les yeux en l’air, les pieds sur terre, tempes trempées et sourire en coin. C’était pratique de pleurer sous la pluie, on y voyait que du feu. Paris était une source inépuisable de merveilles, un trésor. Perdue rue des trois bornes et dans ses pensées, elle revient en arrière... Souvenirs, rires, doutes, cinq gouttes de pluie sur son bonnet neuf et son manteau noir en laine et cashmere. L’excellence dans les matières mais pas toutes, au vu de ses bulletins scolaires, sauf en rédaction, récitation, je deux maux, musique, gym, animation de la salle de classe et copiage des devoirs de maths, en vain. Sécher les cours et organiser des boums, des trente-trois tours, cette ceinture jaune fluo et Imaginécheune, un vieux tann’s et un sac US mais plus tard. Elle se marre. Le premier patin devant la patinoire, avec à la main ses deux patins. Aujourd’hui, elle met des gants... Froid, l’hiver. Elle tourne rue des filles du calvaire et repose en l’air son imaginaire... Angleterre au pair, la magie opère, éphémère... Et puis la musique. Délicieux passage obligé, ponctuation oblique, famille musicienne oblige, perpétuelle drogue dure, forte et ultime dépendance, voix sans issue sauf parfois, douce errance, rêve errance, danse, révérence. Un joli banc vert l’attire et l’atterre. Le temps file. Elle se pose, pause.
............................................................................................ Elle se souvient d’images, de villes et de visages, la Baule, Etretat, Ste Maxime, Rennes, Monte-Carlo, Strasbourg, Worthing, Troyes, Port-Louis, Mahé, Amsterdam, Souffelweyersheim, Boulogne-sur-mer, Toulouse, Londres, Trouville et des gaufres, Porto, St-Jean-de-Luz, Six-Fours-les-plages, Le Faou, Jaén, Quend-plage, Paris est sublime ce matin. Elle sourit au passant élancé ; un élégant géant avec son petit chien blanc. Elle voit son reflet et se regarde un instant entre quatre yeux. Toutes ces années de gens croisés, les rares sont restés. Des collègues, des copains, des copines, des amis d’hier, de maintenant et ceux qui arrivent doucement, pas à pas croisent le regard de ceux qui ne restent pas... Des qui sont partis trot tôt, là-haut. Elle lève les yeux vers le ciel et lance des milliers de baisers-fusées qui vont bien arriver un de ces quatre. Des ivresses deux promesses, quelques caresses, quelques faiblesses, la presse en vitesse et la paresse. Non pas la messe ; elle progresse en sagesse. Des belles personnes et des sales cons, des mots, des lettres et des chiffres, des portes qui claquent, des peaux qui manquent, des murmures, des huit clos, des mon amour mon amour, toujours, dors bien, sourire, soupir, encore, deux noms sur la boîte aux lettres, adieu. Au revoir mademoiselle, bonjour madame. Tiens, cigarette ? oui enfin non, quoique. Monsieur, reste...
Un café ?
Non, un métro.
Quatre septembre.
Elle s’engouffre dans les escaliers sans se retourner. 
Quelques 
gouttes retardataires roulent et trinquent enfin.
Cool, c’est la vie qui s’écoule entre ses deux mains.
Quarante ans, demain.
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13.11.2008

High Hopes

C'était en juillet.
J'ai encore mon ticket.
PULSE.

Samedi 30 juillet 1994
4 ans avant : badinage
4 ans après : mariage

Assis dans l'herbe du château de Chantilly
Presque la nuit, danse de mégots rougis
On s'est partagé un léger sourire enfumé
Et le concert des Pink Floyd a commencé...

podcast

J'étais passagère dans sa fiat toit ouvrant
On allait vite et on s'embrassait souvent
On riait deux fous et on se foutait de tout

On avait roulé toute la journée
J'avais des filtres et du papier
Mis à l'envers mon pull col en V
Lui sa casquette AcidJazz rayée

Ce soir, je replonge en apnée
Sans jamais régresser
Sans jamais regretter
Comme un beau voyage, celui qu'on a aimé...

Même après
Disputés, divorcés, distancés, dispersés
Même après
Des années, désarmés, désabusés, désaccordés

Depuis, on ne dit pas mot d'avant
Depuis, on ne maudit pas dix ans

Ce soir, on s'enverra des alors et toi
Ce soir, on se verra pour dîner en bas

C'était en juillet.
J'ai encore mon ticket...
PULSE.
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