16.08.2009

Quand c'est pâleur...

C'est dans une petite salle de cinéma intimiste de la capitale, où le matin peu de gens vont, que se déroule l'action. Des petits couloirs et un escalier biscornu mène à une salle usée et légèrement éclairée. A peine une dizaine de sièges sont occupés, cela me rassure. Moi et mes dix minutes de retard reprenons notre souffle. Devant moi, un écran de velours rouge foncé se balance. L'horizon est dégagé comme ma nuque. Point de publicité ni même de cornets glacés, quelques vieux peu bavards et cerise sur le gâteux : aucun pop-corn n'a osé nous infliger sa bruyante présence. Les sièges abîmés laissent imaginer que jadis, ils frimaient brillants et ornés de beaux ourlets. Que des bouches silencieuses, très souvent les plus belles, bien ourlées. Bref, déjà un vrai petit miracle...
Picnic at Hanging Rock.
picnic.jpg

Réalisé en 1975, ce film contemplatif, dont l'extraordinaire image a été -à juste titre- maintes fois récompensée, est donc de ce post, le sujet.
L'histoire est simple et intrigante. 1900, en Australie dans un pensionnat, un groupe de jeunes filles belles et pâles s'apprête à faire un pique-nique à Hanging Rock. Mais quelques unes, plus curieuses que les autres, s'aventurent inconscientes un peu plus loin que permis dans cet endroit rocailleux, désert et mystérieux où toutes les montres s'arrêtent à midi.
Quand c'est pâleur...
picnic2.jpg














Quatre jeunes filles vont disparaître mystérieusement entre les rochers.
Des couleurs, du pastel raffiné. Du blanc, des jupons. De l'ocre, des cheveux longs. Du vert discret, de la lenteur et ce vent chaud chargé d'odeurs poudrées, d'herbes folles et de curiosités. De la beauté pure.
D'emblée, le réalisateur nous plonge dans les jeux de cartes jaunis, les jardins paisibles et endormis, le bruissement discret des non-dits et les amitiés ambiguës du pensionnat suintant de désirs sans jamais le dire...
Peter Weir réalisera plus tard le cercle des poètes disparus (beaucoup beaucoup moins bien) et Sofia Coppola s'inspirera de ce pique-nique pour son Virgin Suicides, d'où une subite envie d'Air.
Respirez, je souffle...
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Commentaires

Je me souviens d'avoir pu partiellement (c'est ma grande spécialité, regarder des bouts de films) ce film et d'avoir été très intriguée. la photographie évoquait un peu celles de David Hamilton.
Ce billet me donne envie de revoir ce film en entier. Merci

Ecrit par : Saravati | 16.08.2009

@Saravati, c'est moi qui vous remercie.
S'il fallait argumenter encore ; du David Hamilton oui mais en mieux !

Ecrit par : Mademoiselle C. | 16.08.2009

"L'horizon est dégagé comme ma nuque." Excellent !

Ecrit par : Loïs de Murphy | 16.08.2009

@Loïs
C'est de saison, merci :)

Ecrit par : Mademoiselle C. | 16.08.2009

Savoir partir en beauté et non sur un point final mais plutôt d'interrogations.

Ecrit par : JEA | 17.08.2009

@JEA
...

Ecrit par : Mademoiselle C. | 17.08.2009

Tout à fait d'accord, ça donne complètement envie d'aller y voir de plus pré.

Ecrit par : Franck | 17.08.2009

c'est tentant, surement en dvd, non ?

Ecrit par : des pas perdus | 17.08.2009

@Franck
Je vois que l'humour est dans le pré !

@des pas perdus
Oui je viens de vérifier, ce film existe en DVD.
Tentant en effet.

Ecrit par : Mademoiselle C. | 18.08.2009

j'adore ta description du cinéma dans lequel tu as vu ce film . L'absence de Pop corn et les sieges ourlées !!! ah oui !! Peter Weir je me souviens de son film "le cercle ..." que tu évoques et un autre dont j'ai oublié le titre . Ton billet est gourmand comme du Proust ! tu aimes l'art et celà se sent !!

Ecrit par : jean-philippe | 19.08.2009

@jean-philippe
Merci et ravie d'avoir réussi à faire passer quelques émotions.

Ecrit par : Mademoiselle C. | 25.08.2009

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