16.08.2009
Quand c'est pâleur...
C'est dans une petite salle de cinéma intimiste de la capitale, où le matin peu de gens vont, que se déroule l'action. Des petits couloirs et un escalier biscornu mène à une salle usée et légèrement éclairée. A peine une dizaine de sièges sont occupés, cela me rassure. Moi et mes dix minutes de retard reprenons notre souffle. Devant moi, un écran de velours rouge foncé se balance. L'horizon est dégagé comme ma nuque. Point de publicité ni même de cornets glacés, quelques vieux peu bavards et cerise sur le gâteux : aucun pop-corn n'a osé nous infliger sa bruyante présence. Les sièges abîmés laissent imaginer que jadis, ils frimaient brillants et ornés de beaux ourlets. Que des bouches silencieuses, très souvent les plus belles, bien ourlées. Bref, déjà un vrai petit miracle...
Picnic at Hanging Rock.

Réalisé en 1975, ce film contemplatif, dont l'extraordinaire image a été -à juste titre- maintes fois récompensée, est donc de ce post, le sujet.
L'histoire est simple et intrigante. 1900, en Australie dans un pensionnat, un groupe de jeunes filles belles et pâles s'apprête à faire un pique-nique à Hanging Rock. Mais quelques unes, plus curieuses que les autres, s'aventurent inconscientes un peu plus loin que permis dans cet endroit rocailleux, désert et mystérieux où toutes les montres s'arrêtent à midi.
Quand c'est pâleur...
Quatre jeunes filles vont disparaître mystérieusement entre les rochers.
Des couleurs, du pastel raffiné. Du blanc, des jupons. De l'ocre, des cheveux longs. Du vert discret, de la lenteur et ce vent chaud chargé d'odeurs poudrées, d'herbes folles et de curiosités. De la beauté pure.
D'emblée, le réalisateur nous plonge dans les jeux de cartes jaunis, les jardins paisibles et endormis, le bruissement discret des non-dits et les amitiés ambiguës du pensionnat suintant de désirs sans jamais le dire...
Peter Weir réalisera plus tard le cercle des poètes disparus (beaucoup beaucoup moins bien) et Sofia Coppola s'inspirera de ce pique-nique pour son Virgin Suicides, d'où une subite envie d'Air.
Respirez, je souffle...

23:20 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, cinéma, intimiste, paris, picnic at hanging rock, australie, écriture, pâleur, vent, air
10.08.2009
Joueuse
Je profite de la lenteur du mois d'août pour entamer une tentative d'épuisement d'un lieu parisien, d'un lieu pas si loin, d'un lieu pas si bien... Bref.
Afin de m'évader, je songe à ce superbe film Joueuse dans lequel je me suis plongée avec délice il y a peu. La petite salle de cinéma chaleureuse aux longs fauteuils de velours rouge était déjà une promesse accueillante et une belle entrée en matière. Les rares spectateurs s'installent et s'échangent les derniers regards.
Puis le silence, ensuite le noir. Les blancs commencent.
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Le pion
Souvenez-vous jadis, le pion était le mouton noir arbitre des cours de récré. Aujourd'hui rien n'a changé, le pion est la pièce la moins forte de l'échiquier et souvent vouée au sacrifice.
La tour
Pièce pouvant se déplacer horizontalement et verticalement (excepté celle de Pise).
Le cavalier
Le cavalier se déplace en L... d'où l'expression de l'opulente gourgandine un peu trop vite assiégée « dites-moi monsieur, cet empressement : ne serait-ce pas un peu cavalier ?! »
Le fou
Contrairement au cavalier, le fou ne peut pas sauter d'autres pièces et file tristement en diagonale.
Le roi
Il peut se déplacer où il veut mais d'une seule case à la fois, joli principe qui mérite réflexion...
La dame
Placée à côté du roi, la dame se déplace un peu comme elle le souhaite, avec parfois une souplesse étonnante. Je ne vais rien vous apprendre en vous disant qu'elle est la pièce la plus forte de l'échiquier...
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Dans ce film, on retrouve une Sandrine Bonnaire sensuelle et époustouflante de sincérité. Son jeu subtil se mêle au thème du film et la retenue dont elle fait preuve devrait en inspirer quelques unes...
Kevin Kline, un homme au jeu pesé, au cynisme intelligent et millimétré distille tout au long du film un charme certain qui, soudain, donne envie de reprendre quelques cours... Les personnages déstabilisent par leurs justesses, l'image est sublime. La musique envoûtante se déplace harmonieusement au-dessus de cet échiquier géant et vient sertir ce petit bijou cinématographique.
Est-ce que vous voyez à présent ce qu'il vous reste à faire ?
A vous de jouer.
11:50 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, cinéma, joueuse, échecs, mat, sandrine bonnaire, kevin kline, à vous de jouer
13.05.2009
Comme je suis
Comme je suis. Comme je suis d'accord avec lui.
Quarante trois ans nous séparent.
Comme je suis d'accord avec lui lorsqu'il dit, dans un regard assombri, que :
le nombre emportera tout...
Que l'individu se meurt doucement pour laisser place à la masse dans une course effrénée dont la destination est pourtant bien la même pour tout le monde...
Alors, pourquoi courir ? Pourquoi se presser ?
Comme je suis d'accord avec lui lorsqu'il revendique, dans un sourire ;
la liberté de regarder un arbre...
Sincère et touchant, il explique comment il s'engouffre dans ses rôles (toujours de façon magistrale d'ailleurs). Plongeant dans la profondeur de son (malade) imaginaire riche et intarissable, afin d'éviter la confrontation avec une réalité souvent trop triste à son goût. J'ai eu le privilège, dans un cadre professionnel, de partager quelques instants avec cet homme doté d'une classe absolue et d'un regard malicieux. Traînant derrière lui un air d'éternel galopin. Une rencontre. Non, à vrai dire ; un croisement plutôt. Quelques mots échangés et puis des sourires, des vrais. Des jolis moments...
Alors ce matin, en parcourant mon livre (enfin le sien), ce furtif et doux souvenir a ressurgi brusquement de ma mémoire et a esquissé, sur mon visage endormi ; un sourire discret dans le brouhaha du tram-tram quotidien. Je suis descendue la dernière de cet engin où tout le monde s'est précipité pour reprendre, au plus vite, la course effrénée...
11:05 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, écriture, théâtre, cinéma, acteur, musique, course, liberté, société, sourires, pensées, fleurs, bouquet
08.04.2009
Amour, sexe et mobylette
Immédiatement attirée par le titre fantaisiste de ce documentaire, je lis brièvement l'histoire et j'y vais. J'entre dans la salle minuscule par ce mercredi gris d'avril qui ne se découvre pas d'un film. Le projectionniste trépigne en attendant sa caissière puis, avec notre complicité, finalement au bout de quelques dizaines de minutes de retard, prend sa place et me donne la mienne.
L'histoire est simple ; un village du Burkina Faso la veille de la St Valentin. Des amoureux, des amoureuses, des hommes, des femmes, toutes générations confondues, célibataires ou pas, polygames ou pas, donnent leurs visions drôles, pudiques, effrontées, réservées, silencieuses de l'amour.
Le sida est abordé, l'excision aussi.
Mais là c'est surtout l'angle du sentiment amoureux et de sa définition (indéfinissable) qui est joliment abordé et formidablement bien traité.
Une petite pub pour la Bo signée Yoni qui réchauffe un peu plus (si c'était encore nécessaire) ce film touchant par sa simplicité.
C'est beau, c'est chaud et ça laisse un grand sourire en sortant sous la pluie.
Extrait : « On ne prend pas l'eau la tête dans le ciel mais avec une écuelle... »

20:35 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, cinéma, amour, sexe, mobylette, film, yoni, musique, afrique
06.04.2009
Deschiens pour un chat (botté)
Chatoyant et Chat-pître
Irrésistible ce chat botté qui ne sait pas lire mais qui sait si bien dire. Un espiègle au royaume de l'entourloupe. Chacun y verra ce qu'il veut y voir et y piochera ce qu'il veut y... Bref, plusieurs niveaux de lecture comme on dit et les rimes en ite et en ouilles font pouffer en douce les grands pendant que les enfants reprennent en coeur. On pense à Tim Burton et on a raison au vu du clin d'oeil pour lui à la fin du film. Du travail d'orfèvre. Un vrai petit bijou en bottes de cuir rouge.
Chaussures et chasubles
Les costumes sont fins et délicats. Les couleurs bien choisies et les habits fantaisistes à souhait. Un motif de plus pour que, dans un joli rire étoffé, ce soit Macha Makeieff qui s'y colle. Chemises et marinières, souliers baroques et chaussettes molleton. C'est de l'art et du chaton.
Chansonnettes et chaloupes
Ici, on a le sens de la famille, du talent et du bon goût. Supervision musicale de Juliette Deschamps, fille de. Vous retrouverez des thèmes connus de la musique classique. Carmen, La Walkyrie, l'Avé Maria et j'en passe et des meilleurs revus et corrigés par Moriarty façon folk, harmonica, ambiance western et feu de bois. Bizet en santiags dans le sable brûlant, Verdi se roulant un clope à l'entrée du saloon ou encore Mozart au Mexique, voyez l'genre... Une joyeuse bande (sonore). Du bon goût j'vous dis, du bon goût ! Un extrait dans mon courant d'air...
Charmeuse et châtelaine
Attendrissante et hilarante Yolande Moreau dans le rôle de la reine qui n'aime pas les carabistouilles (et moi j'adore ce mot et cette actrice).
Chacal et Chambellan
Louis de Funès, le retour. C'est tellement évident que cela n'a pu être fait que sciemment. C'est donc avec plaisir que l'on retrouve un De funès version folie des grandeurs, du chacal, de la charogne, du mesquin, du chameau, du traître, du charlatan de potions gibolin, haha... !
Jérôme Deschamps et Macha Makeieff
Les créateurs de cette merveille adapté du conte de Perrault. Alors, tout d'abord bien entendu les dignes parents des Deschiens mais aussi des machines à fabriquer des trucs, des tarés de la création, des jongleurs de fantaisie, des furieux de l'opérette, des serviteurs de l'absurde. Pour les avoir croiser, ils sont aussi aimables, simples et pince sans rire, bref humainement chouettes. Jérôme Deschamps, qui fait la voix envoûtante du chat botté, est le petit cousin par alliance de Jacques Tati (tiens donc) et aujourd'hui directeur de l'Opéra Comique (sans blague). La jolie et réservée Macha Makeieff, son inséparable acolyte amoureuse depuis 1978 qui partage avec lui son goût de la poilade et de la mise en scène. Il y a deux ans à Aix, j'ai assisté à L'enlèvement au sérail de Mozart revu et corrigé par leurs soins (tsoin), un délice. On retrouvera les deux compères et toute la compagnie au Théatre de Chaillot à Paris du 15 avril au 16 mai 2009 pour une nouvelle oeuvre Salle des fêtes.
Alors, Madame, Monsieur, pour tout chat et ce qui va suivre... Chapeau bas !

13:35 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, cinéma, deschamps, makeieff, chat botté, écriture, humour, musique, moriarty
12.02.2009
Slumdog millionaire
Question à 1 000 roupies :
"Mais comment Jamal, enfant perdu de Mumbaï, va t-il bien pouvoir faire pour empocher vingt millions de roupies au jeu "Qui veut gagner des millions ?"
A- Il va tricher... C- C'est un génie...
B- Il va avoir de la chance... D- C'est écrit...
Vous découvrirez la réponse à une minute de la fin du film ou mieux encore : elle se dévoilera lentement à doses homéopathiques et, dans un suspens insoutenable, distillera dans vos logiques de pernicieux doutes tout au long de ce film rapide, bruyant et coloré.
Bruyant et coloré comme le bidonville de Mumbaï dans lequel Jamal va grandir survivre. Le héros est interprété par Dev Patel, jeune acteur touchant et charmant né en 1990 (oui je sais, ça calme) qui a été rendu célèbre grâce à la série Skins. Série adorée par la fille du réalisateur Danny Boyle.
Ceci expliquant cela...
Le film croise habilement la vie de ce gamin (d'une dureté et d'une cruauté absolue) et les fameuses questions du jeu auquel il va participer.
Ceci expliquant cela...
Mais pourquoi Jamal s'est-il lancé dans cette aventure télévisuelle ?
Pour l'argent ? Du tout, du tout. Que nenni.
Un indice chez vous : nous sommes à Bollywood donc l'amour gouverne !
Ceci expliqu... Bref.
A noter également, l'équivalent de notre Foucault à nous (non pas Michel, ni le pendule mais Jean-Pierre) magistralement interprété par Anil Kapoor. Ce dernier est encore plus magistral dans la vie puisqu'il a fait don de l'intégralité de son cachet à l'ONG Plan, association caritative qui défend la cause des enfants dans son pays et dont il est le parrain, la classe.
Ce film est admirablement réalisé par Danny Boyle ; réalisateur du sublime Petits meurtres entre amis, de l'étrange Trainspotting et du brillant Sunshine (pour ne citer que mes préférés...).
Slumdog millionnaire a fait une méchante razzia avec dix nominations aux prochains Oscars et a tout pété aux Golden Globe Awards, voyez plutôt :
-Meilleur réalisateur (D. Boyle)
-Meilleur film dramatique
-Meilleur scénario (S. Beaufoy)
-Meilleure musique de film (A.R Rahman)
Rahman, non pas Susheela Raman, monsieur le vendeur de la FNUC !
Allah Rakha Rahman, LE compositeur indien de musique de films qui a vendu à la (grosse) louche de curry (oui je sais c'est fastoche et alors ?!) la bagatelle de deux cent millions d'albums et qui collectionne les récompenses comme moi les boules neigeuses, c'est dire...
Vous trépignez d'impatience ? Alors voilà bien plus qu'un extrait de son oeuvre.
Deux extraits.
Le premier morceau est tiré de la BO Bombay et je défie quiconque de ne pas avoir une poussière de curry (...) dans l'oeil à l'arrivée des cordes...

Vous allez me dire que ce morceau vous rappelle quelque chose...
Je vais vous rafraîchir (c'est le cas de le dire...) la mémoire.
Ce thème a aussi été utilisé ici.
Un second morceau et cette fois-ci extrait de Slumdog millionaire :

Régalez-vous et bon voyage.
Moi j'y retourne, c'est écrit...

00:25 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, cinéma, slumdog millionaire, paris, bombay, musique
23.12.2008
Two Lovers
Bouleversant.
Ce mot fort suffirait presque à résumer l'impact de ce film sur ma "petite" personne.
Film bouleversant par la complexité de ses personnages :
-Lui
Joachin Phoenix dans la peau d'une sorte de Tanguy sombre aux troubles bipolaires et suicidaires.
Dès la première scène, on perçoit que livrer de jolis costumes sortis tout droit du pressing paternel ne le fait pas bander outre mesure. Pas plus d'ailleurs que l'optique d'y passer le restant de ses jours avec, au paroxysme de la réussite : reprendre le commerce de papa.
Puis une mère surprotectrice et intrusive incarnée par une Isabella Rossellini très convaincante qui, par moments, penche inexorablement vers une attitude très "Lynch", on se souvient de Blue Velvet. Cette mère envahissante décide que son protégé épousera la fille d'un couple d'amis fortunés, bref un beau mariage arrangé. Comme ça, sur le papier l'écran, c'est moyennement enthousiasmant, mais quand on sait que la fille en question est Vinessa Shaw, tout de suite ça devient plus attrayant.
-La promise
Vinessa Shaw, grande fille jolie, simple, convenable, aimante et gentille, lisse juste un peu trop...
Manquent à l'appel quelques failles et quelques défauts pour frôler une certaine idée de la perfection... Un peu ennuyeux le presque-parfait, d'autant que c'était sans compter sur...
-La voisine
Gwyneth Paltrow, la voisine de Joachin Phoenix (ça sonne bien, je voudrais bien faire ça moi : voisine de Joachin...).
La grande fille, jolie, pas simple du tout, pas convenable non plus. Abîmée par la vie, instable, déprimée voire même un peu ravagée du bocal. Aimante oui, bien trop...
-La blonde/la brune
Le réalisateur James Gray joue sur la dualité, comme dans son précédent film La nuit nous appartient où il s'agissait d'une relation tumultueuse entre deux frères, toujours avec Joaquin Phoenix (merci James). Dans Two Lovers, le choix déchirant entre ces deux femmes et donc entre deux destins, pourrait sembler un peu léger et déjà vu comme scénario, mais finalement non.
Mention particulière à Joaquin (non pas lui) Baca-Asay : le directeur photo dont les images et les plans sont d'une beauté époustouflante.
-L'anecdote
Une anedocte qui donne une perspective un peu différente au film ; James Gray a concocté Two Lovers pour Gwyneth Paltrow.
En effet, en le félicitant pour son talent, elle lui précisa que, malheureusement, il faisait des films un peu trop violents pour elle (pourtant Seven...). James Gray lui a donc cisaillé un personnage sur mesure, sans compromis et avec sans doute autant de violence que dans ses films précédents mais de façon plus subtile. De cette violence qui ne se voit pas...De celle qui se décèle peu à peu, de celle qui sommeille en presque chacun de nous... Un film violenté donc.
Allez, pour finir, en vrac quelques citations :
-Ne pas choisir, c'est encore choisir (Sartre)
-Choisir, c'est se priver du reste (Gide)
-Nous ne savons renoncer à rien, nous ne savons qu'échanger une chose contre une autre (Freud)

14:16 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, james gray, two lovers, film
15.06.2008
Grace is gone
Grace is gone here
Touchée, je vais tenter de vous faire partager ce film bouleversant.
Mais avant, une précision.
En écrivant ces quelques lignes, j’associais immédiatement le titre du film avec Grace cet album inaltérable et sublime que je vous propose de savourer en continuant la lecture...

L’histoire : un père doit annoncer à ses deux filles la mort de leur mère, tuée au combat en Irak.
Face à la violence du deuil, Stanley (John Cusack) complètement désemparé et face à l’inenvisageable, conduit ses filles dans un lointain parc d’attractions.
Au jardin enchanté, comme une parenthèse de vie, un voyage dans les méandres du déni.
Durant ce périple, on porte avec ce père effondré tout le poids du secret, on avance péniblement sur le chemin du deuil, tentant en vain de contourner la souffrance et fuyant l’inacceptable réalité.
Puis l’ambivalence.
Par instants, on s’enthousiasme avec lui dans des excès de joies simples, de l’allégresse à outrance pour mieux repousser l’instant fatidique et cruel de l’aveu.
Clivage très bien représenté par ses deux filles d’ailleurs.
L’aînée est dans la réserve, la réflexion et la sagesse pendant que la plus jeune pétille, déborde de vie, saute sur les lits et enchaîne les cascades en tout genre, enchantée à l’idée d’aller s’amuser.
Ce film est aussi une manière différente de traiter du sujet de la guerre en Irak, qui a été la source d’inspiration du réalisateur (James C. Strouse) et du producteur (John Cusack). Avec cette question : comment font toutes ces familles endeuillées pour supporter l’absurdité de cette guerre et encaisser le barrage médiatique de l’administration Bush... ?
Le réalisateur nous rappelle de ne pas s’attarder sur les tracas du quotidien et nous ramène vers les fondamentaux, la priorité de la vie, l’essentiel...l’humain. Sans jamais tomber dans le pathos.
Tout est dans la profondeur, la dignité, la pudeur et l’émotion ...
retenue.
Premier film de James C. Strouse.
Ponctué subtilement par la BO de Clint Eastwood.
Somptueusement interprété et produit par le très très très beau John Cusack.

23:38 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grace is gone, cinéma, essentiel, voyage, john cusack
17.05.2008
Sagan
Le garde du cœur…
Joli titre n’est ce pas ?
Son 8 eme livre, publié en 1968.
Le 8. LE chiffre.
Le 8 août 1958, au casino de Deauville, après une nuit blanche et euphorique entourée de quelques amis, elle perd tout ou presque.
Ses amis résignés par de trop nombreuses défaites, l’attendent dehors en pestant qu’ils n’ont même plus de quoi se payer les croissants du petit déjeuner.
Mais Sagan ne lâche rien. Jamais.
Elle mise ses derniers deniers à la roulette sur le 8 comme une ultime envolée fière et insolente.
Ces derniers sous jetés sur le tapis et pourtant symboles d’une ruine imminente...
Quelques heures plus tard, Sagan sort et balance à ses amis endormis dans la voiture une pochette contenant 8 millions « pour les croissants ! »
Tiens encore le 8…
C’est avec cette somme qu’elle s’offre le matin même à 8 heures (!) le manoir de Breuil non loin d’Honfleur.
Avant-gardiste née un 21 juin, jour qui allait devenir celui de la fête de la musique... Aimez-vous Brahms ?
Celle qui, cynique, disait que l'attendrissement est un sentiment agréable et entraînant comme la musique militaire...
Celle qui, touchante, pensait de façon si belle et terriblement juste que si nous aimons c’est simplement pour ne pas mourir seuls...
(Faut-il mettre le pluriel au mot seuls ?…).
Invitée par un ami cher il y a quelques jours à l’avant première du film Sagan, je fus impressionnée par le panache, la vie trépidante, sans concessions, excessive, brûlée, cramée de Madame Sagan.
Je vous conseille donc ce vent vif et frais qui sort sur les écrans le 11 juin prochain.
Sylvie Testud est surprenante par son interprétation incarnation…
Quant à moi, je m’en vais de ce pas combler quelques lacunes saganesques et déjeuner une salade de tomates en rêvant de frites dont je me goinfrerai sans doute dès demain…
Bonjour promesse…

Françoise Sagan par Jeanloup Sieff
10:55 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sagan, cinéma, bonjour, tristesse, tomates, frites, 8
21.04.2008
He was Hot
-2h02
-Bill Clinton
-17 caméras
Vous allez me dire ces 3 arguments ne sont pas très vendeurs...
Attendez, j'en ajoute 3 autres :
-Les Rolling Stones
-Martin Scorsese
-18 morceaux
FIRST SONG (lisez dans l'ambiance) :
Ca va mieux là non ?
Même sans être LA fan des Stones de la première heure...
(j'étais pas née non mais ho), on ne peut que se laisser embarquer les yeux, les oreilles, le corps et le reste (l'âme banane) par cette bande de vieux potes, c'est l'impression que j'ai eu : un bon gros buddy movie.
Une complicité flagrante non seulement entre les Stones, mais aussi avec un Scorsese agacé et qui se régale de devoir gérer une bande de sauvageons ingérables, finalement il s'en amuse comme nous...
Sans trop déflorer le film, la petite farce des Stones faite à Scorsese est délicieuse : FIRST SONG !
Scorsese s'est fait plaisir (il suffit de dresser l'oreille : dans la plupart de ses films, un petit Stone qui traîne...)
Alors merci Monsieur de vous être fait plaisir parce que là...
Tout le plaisir est pour moi !
Please to meet you comme dirait l'autre...
Alors, ont ils joué Shine a light ?
On s'en fout ! Allez voir le film...
Dès le premier morceau (FIRST SONG !), on est avec eux.
A l'heure où beaucoup de musiciens font des promesses, Les Stones les réalisent.
Dans les invités il y a un beau bon ET beau musicien aussi...
Indice : white...
Et puis Mick Jagger merde quoi !
En le voyant bouger avec une telle énergie et une telle générosité, j'ai pas pu m'empêcher de penser aux aficionados de tecktonik et de me marrer doucement...
Vous savez avec cet espèce de ricanement interieur de celle qui en a vu d'autres, du genre :
"bande de petits joueurs, on ne peut même pas vous en vouloir, vous ignorez même jusqu'à votre bêtise... hinhinhin..."
Je sais c'est un peu facile et réducteur mais ça fait du bien !
Et puis un concert des Stones pour le prix d'une place de ciné :
- sans un gars trop grand devant vous qui gigote ses cheveux mal lavés et dont l'efficacité du déo reste discutable...
- sans pogo improvisé... (youpi la bonne idée)
- sans les croqueurs de pop corn... (y en a qu'ont essayé)
- sans stade de France, sans écran géant, sans proximité (quoique)
SHINE A LIGHT : c'est une pépite cinématographique... (tsoing)
Bref, il n'était pas seul ce bougre de Mick Jagger Martin Scorsese mais ...
He was Hot.
00:15 Publié dans Salles obscures | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, cinéma, shine a light, scorsese, hot


