02.04.2009

G20, ED et les autres

En tournant les pages de son canard enchaîné, l'œil amusé par la verve aiguisé des Journalistes, il savoure l'instant. Vautré en terrasse, comme jadis son père, il compte les jambes par paires. Il appréciait bien plus les filles odorantes de l'aube que les endimanchées suintantes de la nuit. Il est 6 heures, Paris sommeille. Sommeil, quel chouette mot en somme ! Tiens, cette fille là n'a pas froid aux yeux ; pas de collant. L'œil averti permettant de se la raconter un peu devant les potes. Sur le sujet, il se voulait incollable ; collant ou pas, bas jarretière ou pas, et les coutures verticales. Horizontale. Personne à l'horizon, il replonge dans son journal. Le G20 va poser les bases d'une planète juste, solidaire et verte. Youpi. C'est bien joli le G20 mais est ce que la répercussion ira jusqu'au G20 qui fait l'angle, au Franprix du bout de la rue, au Ed du coin et au reste de la clique. Voilà la vraie question qui claque. Un claquement de talons le sort de sa réflexion. Il réfléchit. La fille passe derrière une voiture grise. Grisé, il fléchit vers la gauche pour la suivre de son œil vert.
La démarche fluide. Elle est dense. Elégance.
Cette fille a une classe de première même entichée de son casque Sennheiser. Rêve errance, révérence. Il termine à toute blinde son crème, son canard plie mais ne rompt pas. Il paye, se lève et s'en va.
Les jambes prolongent leurs folles danses, sa journée commence...

31.03.2009

Gonzague, Anaïs et les autres

Se réjouir. Après la piscine, elle entame une marche à pied jusqu'à son jardin préféré, juste derrière le pont qu'elle adore traverser. Se réjouir. Le soleil lui montre le chemin. Au milieu du pont, adroite elle jette un oeil à gauche et admire quatre livres en équilibre. Se réjouir. L'odeur du chlore lui arrache un sourire fier de l'effort accompli. Elle ne compte ni les brasses, ni les mètres, parfois les maîtres nageurs et encore. Se réjouir. Reste plus qu'un escalier à descendre pour accéder au joli jardin. Ecrin témoin de siestes passées et à venir. Ecrin témoin de baisers échangés passés et à venir. Se réjouir. Elle croise un couple et leur petit roux en pleine crise de mots. Sous le pont très beau, cool, la Seine de ménage. Engueulade de bas étage et haute pollution sonore. Elle cherche un endroit plus loin, calme et protecteur. Ici. Elle s'allonge de toute sa robe longue et noire dans l'herbe courte et verte. Retire ses sandales de ses orteils agiles. Ferme les yeux et ouvre sa mémoire. Se réjouir. Elle songe à son premier amour, Gonzague. De leurs utopies illusoires et de leurs naïves promesses. Elle distingue au loin, le petit roux ponctuant de gros sanglots la logorrhée de ses parents idiots. La journée prépare sa sortie et le vent du soir fait son entrée. Le jardin est presque déserté. Premières notes de l'air sous son casque Sennheiser. Soudain, une silhouette masculine lui fait de l'ombre. Laisse tomber ! Il s'exécute et laisse tomber... Laisse tomber une poignée de brins d'herbe sur ses yeux clos. Se réjouir. Anaïs le murmure : le premier amour, c'est n'importe quoi...
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24.03.2009

Marcus, Simon et les autres

En sortant du grand bain bleu dans son maillot noir, après quelques brasses, elle embrasse l'espoir de se déchlorurer. En tentant de recoiffer l'échevelée -façon de parler- elle se dirige vers la douche d'eau douce et se fait coiffer au poteau par deux malins gamins. Attendons. Entendu au loin, le son d'un vieux transistor qui réfléchit contre la boule de la Villette et rebondit dans son esprit. Marcus Miller, le bassiste, la Villette, slap dong dong slap slap tapping. Assise sur une chaise en plastique bancale près des douches, les yeux se ferment et les souvenirs se couchent...
C'était en hiver. Le regard louche de ce bassiste et sa bouche. Discrète ligne de basse, précise ligne de touches. Le pluriel pour un singulier, en particulier. Ma fille, qui tu veux mais jamais jamais jamais un musicien. Comme il est bon de ne pas toujours écouter son papa, plaisante t-elle silencieuse. Arrosée par la flotte, sa peau grelotte. Les enfants s'éclaboussent, se poussent et s'éloignent enfin de la douche. La musique stoppe nette. Puis reprend autrement. Doucement...
Elle se lève lentement de sa plastique bancale sinon la chaise... Simon l'achève.
Comme une Cure de jouvence in your house...
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Camille, Kurt et les autres

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23.03.2009

Jacques, Brian et les autres

« Le printemps approche et il n'arrive pas tout seul. Avec lui, des centaines de filles aux longues jambes, aux hanches chaloupées et aux regards effrontés (mes préférées) vont arpenter la ville... » songe t-il avec délice. En fait au fond de lui, juste derrière la frime, ce qu'il désire vraiment c'est d'en séduire une. Non, non pas cinquante, juste une. Le défi est bien plus excitant et la finalité plus brillante. Armé de ses vieilles Stan Smith, il dévale quatre à quatre les escaliers de la butte et croise son reflet dans une vitrine. Pas mal, se dit-il. Imparfait mec, ni trop ni trop peu, nickel. Jacques martèle cinquante millions de gens un parfait, et moi et moi et moi. Chez le marchand de journaux, il pose un regard sur le Monde. Immonde. Le port du préservatif aggrave le Sida. A graver dans les annales de la bible du guide de la bourde théologique du siècle. Vatican aveuglé par ses dorures. Soudain, il croise le sourire d'une fille en robe bleu ciel et n'a Dieu que pour elle, aveuglé. Il cherche un sens à tout ça. Indécence, au moins... et une clope dans sa besace kaki. Allumage. Zippo essence tempête. Tempête sous un crane. Misérable Benoît. Pauvre placebo, Brian lui propose de se souvenir des moments divins et murmure : protège moi de mes désirs, protège moi, protège moi...
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La fille bleu ciel s'éloigne dans un nuage de fumée. Dans un soupir, il lève les yeux au ciel. Prière. Il n'a pas eu le temps de l'aborder, ni de découvrir sa voix, ni même l'imaginer allongée... Accroupi, à ses lacets il refait un nœud -synchronisation- un autre se noue dans sa gorge...
Il savait qu'en amour il fallait laisser du mou et pourtant parfois... C'était raide.

22.03.2009

Brian, Matthew et les autres

Pause et pas chassé improvisé, elle attend le bus. A l'arrêt, elle opte pour la marche. La marche sans arrêt. Brian était d'accord. Don't stop. Don't stop the Dance.  Accessoirement, elle met ses lunettes noires à revoir. A revoir la branche espiègle de ses lunettes qui se fait la malle et révèle des valises sous ses yeux fragiles. Cette fois-ci le soleil tape en mesure, au fur et à mesure qu'elle avance. Soudain, une pensée du passé progressivement se dessine et lui esquisse un sourire tendre. Les doigts agiles et surdoués de Matthew s'aMUSEnt sur les touches blanches et noires comme le passage piéton qu'elle traverse...
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Elle arrive sur l'allée. Allée et venue sur son engin KAWAI GE30 blanc. Introduction. Sunburn. Le Bellamy, de sa voix sensuellement écorchée entame She burns like the sun. Il ne peut détourner son regard sans aller dans le décor. Souvenirs des corps. Elle finit par se dire que l'amour ne devrait jamais être autrement. Jamais moins intense que ce morceau. En croisant deux ados novices enlacés par la bouche, prêts à consommer (pas sur la rue mais sur place), elle sourit. Naïve pensée illusoire, elle savait bien que ce n'était pas... Pas à pas, la démarche aérienne et un brin perdue dans ses songes de grand brun, elle plonge dans le grand bain de sa mémoire.
Elle remonte le temps années après... apnée.

21.03.2009

Alain, Arthur et les autres

Quelques jours auparavant, elle avait vu et désiré ce vieux banc dans le parc. Voilà. Elle y était posée maintenant, derrière ses lunettes de sommeil si pratiques pour cacher les nuits trop courtes, juste là devant le marchand de glaces fumées.
Le soleil timide du matin faisait de son mieux pour sécher sa joue encore humide.
Sur la pureté de ses cordes habilement pincées, Alain vogue, vague et perpétuel, embrasse les rêves d'archi-pelles et souffle au ciel. On est loin des amours de loin, Madame rêve... Son petit moleskine entrouvert entre ses grandes mains fermées. Que devait-elle écrire. Arthur tente de la distraire en pianotant avec les maux. Intouchable mais touchée. Inavouable mais avouez... Le regard intrusif d'un passant instinctif amplifie encore la pudeur de l'instant. Elle referme son carnet noir à élastique qui retrouve sa place dans la petite poche de son sac en bandoulière.
En bandoulière, comme le temps suspendu par le vent frisquet dans ce froid de canard. Le printemps avait du retard...
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18.03.2009

John, Serge et les autres

Un vent frais et joueur déplace sa barrette à fleur et discipline un peu ses cheveux mousseux. Elle était pourtant bien mise. En traversant le parc Montsouris, elle frôle de ses doigts les barreaux de la grille, un sur deux, toujours un sur deux. John chuchote à ses oreilles qu'il est juste un gars jaloux. Elle croise les rares promeneurs de l'aube bien entendu et quelques sportifs au regard perdu. Au bord de l'étang sage, les joncs souples se balancent au rythme d'un joli scarabée. Elle avance pas à pas vers la montée des escaliers cabossés. Pendant que lentement Serge prend son ferry-boat et de son lit voit s'éloigner la côte... Elle songe à des multitudes de jolies choses qu'elle gardera en secret, caché dans ses sourires. Peu de gens savent les lire. Lire, le salon du livre s'achève ce soir et elle n'ira pas. Aucune importance, aucun intérêt.
Elle regarde un vieux banc vert sur lequel elle se poserait bien pour finir son livre.
Au loin, l'alarme du tram la sort de cette douce torpeur. Elle regarde l'heure.
Il est encore tôt, le soleil pointe et frime un peu de ses ombres immenses.
Sa journée commence...
(Photo à venir)